RASSEMBLEMENT HOSPITALIERS DE DIEPPE

DISCOURS PRONONCÉ LORS DU RASSEMBLEMENT

DES HOSPITALIERS DE DIEPPE LE 26 MAI 2020

 

J'adore regarder applaudir les gens ...
Sur le coup des vingt heures,
Ils applaudissent en chœur...

Les infirmières, les ambulancières, les caissières, les camionneurs, les docteurs, les facteurs, les transporteurs, les livreurs, les commerçants, les uber,  les boulangères, les charcutières et les bouchères, les employés du bâtiment ou encore tous les employés des services publics qui sont restés au front pour soigner, nettoyer, éduquer, résoudre l’urgence sociale… Bref continuer de faire fonctionner le pays

Dans notre beau roman national, il fut un temps pas si lointain où on ne lésinait pas sur  les remerciements et où  tout le monde s'agrégeait dans la même ferveur œcuménique. La grand-messe de 20 heures. 

Macron adorait, il a même décalé son allocution d'un soir pour permettre ce pur moment de résilience collective. On mettait le nez à la fenêtre et on applaudissait. Les people aussi, sans fard, poilus et mal coiffés (une stratégie de com' ?) jouaient à nous ressembler dans leur salon, posés devant leur bibliothèque et ils nous racontaient combien leur confinement était une opportunité créative. Parfois, ils poussaient la chansonnette unplugged, en toute intimité...

D'où vient cette idée de l'applaudissement rituel du soir ?
Personnellement, je pencherais pour une lubie des communicants macroniens, applaudir au balcon, ça fait plaisir, ça fédère et ça coûte pas un pognon de dingue, une idée disruptive, quoi !

Mais que s'est-il passé ?

Aujourd'hui, sur le coup des 20 heures,  les balcons sont désespérément vides et muets.
A l'heure du déconfinement, les balcons sont déconfits. 

Point d'applaudissements, point de tapages sur batterie de cuisine recyclée en percus, point de témoignages et d'encouragements éphémères, les odes aux soignants ont vécu, aujourd'hui submergées par le flot impétueux de la vie qui reprend ! 

On a rangé la sono, la playlist et les envolées chorales qui revenaient invariablement habiter les soirées se sont tues. 

C'était le temps où il fallait remercier ... aujourd'hui est un autre jour.

Dégonflée comme une vieille baudruche la résilience collective !

Déconfinée l'identité de groupe des remerciant !
On voyage à nouveau en solitaire mais masqué vers un "jour d'après" fantasmé…

On a rangé les vieux draps pendus aux fenêtres sur lesquels on avait écrit "plus jamais ça !" en préférant ignorer l'inanité maintes fois vérifiée de ce vœu pieux !

Et pourtant, Les soignants soignent toujours, les caissières encaissent toujours derrière leurs cages de plexiglas,  avec toujours aussi peu de moyens et des salaires de misère…

Ainsi que les facteurs,  les transporteurs, les livreurs et  les commerçants, les uber,  les boulangères, les charcutières et les bouchères, les employés du bâtiment, ou encore tous les employés des services publics qui sont restés au front pour soigner, nettoyer, éduquer, résoudre l’urgence sociale…

Mais voilà que pour mettre un terme à l'histoire qui a assez duré, le gouvernement dégaine les pourboires et autres petites gratifications aussi symboliques qu'humiliantes. Dans ce domaine, les idées ne manquent pas,  sublime aumône d'un exécutif décidément trop bon pour le petit personnel : "Et si on leur filait des primes ?"

Suivi d'un sublime éclair de génie de la part des mêmes :
"Et si on leur rendait hommage le 14 juillet ?"

Pour conclure sur une, non moins sublime,  suite dans les idées : 
"Et si on leur filait des médailles ?"

"Les médailles, c'est la libido des vieux" disait Desproges. On ne dira jamais assez combien ce nouveau monde est vieux.

C'est qu'il a fallu un sacré brainstorming des technocrates de l'Elysée et de Matignon pour arriver à cette belle saloperie…

Mais on n'avait pas tout entendu !  

Jusqu'à la suggestion  lumineuse d'une députée "En marche !"
"Et si on demandait aux salariés de filer leurs RTT ou un peu de leurs vacances pour les soignants ?"

Il paraît que Pénicaud a adoré le concept !

Et puis, et puis, cette initiative locale émanant d'un collectionneur de voitures de prestige :
"Je propose un tour de bagnole gratuit aux soignants pour  leur changer les idées ! "
Un tour de manège ? Sérieux ? J'en connais qui ont préféré en rire de désespoir.

Voilà, on en est là : 
Un pourboire aussi indigne qu'inéquitable qui ne manquera pas de provoquer des rancœurs et des rivalités... 

Une médaille, en espérant qu'avec un peu de chance leur format permette de débloquer les caddies de supermarché.

Quant à l'hommage du 14 juillet," aux courageux premiers de corvée, aux héros, la patrie reconnaissante."

Il  sera forcément à la bassesse du reste...

Et je ne désespère pas, les bons sentiments faisant le job, on verra peut-être un jour le hashtag " #adopteunsoignant" fleurir sur les réseaux sociaux.

L'avenir est radieux !

SUR LES 110 MILLIARDS DÉBLOQUÉS POUR L’ÉCONOMIE, SEULS 8 MILLIARDS SERONT DESTINÉS À L’HÔPITAL (POUR PAYER LES HEURES SUPPLÉMENTAIRES DES SOIGNANTS ET LES ÉQUIPER DE MASQUES), UNE SOMME DÉRISOIRE PAR RAPPORT AU BUDGET DE LA SANTÉ (200 MILLIARDS D’EUROS ENVIRON),
INCLUANT EN OUTRE LES INDEMNITÉS JOURNALIÈRES VERSÉES AUX PERSONNES
QUI SE METTENT EN ARRÊT MALADIE POUR GARDER LEURS ENFANTS, ET SEULEMENT
1 MILLIARD EST CONSACRÉ AUX MESURES DE SOUTIEN AUX MÉNAGES LES PLUS DÉMUNIS.

 

La première partie du discours est inspirée du très beau texte de ma camarade Ginette sur son blog Textes-Alluria
La première partie du discours est inspirée du très beau texte de ma camarade Ginette sur son blog Textes-AlluriaLa première partie du discours est inspirée du très beau texte de ma camarade Ginette sur son blog Textes-Alluria

La première partie du discours est inspirée du très beau texte de ma camarade Ginette sur son blog Textes-Alluria

En parlant d’avenir, comment ne pas dire un mot sur la menace qui plane sur l’usine Alpine de Dieppe, les secondes qui s’égrainent lentement pour aller jusqu’à vendredi, et connaitre la décision du groupe Renault, résonnent dans la tête de chacun comme des grains de sable s’écoulant lentement dans un sablier, et j’ai forcément une pensée forte pour les 400 salariés du site ce matin suspendus au bon vouloir des maîtres de forges…

Le gouvernement se lavant les mains prétextant cette crise sanitaire pour mieux faire passer tous les rêves de ce vieux monde… remettre au pas les salariés et détruire tous leurs conquis sociaux…

Dans ce contexte si particulier, je pense aussi à tous ces salariés, imposés de rester chez eux, pour beaucoup avec des grosses pertes de salaires, à qui on a tenté ou souvent réussi de voler des congés payés ou des repos compensateurs…

À tous ces salariés en CDD, dont on a cassé leurs contrats, les laissant dans une détresse incroyable, à tous ces salariés indépendants, qu’on a poussé à s’auto-entreprendre et qui n’ont et n’auront aucun revenu pendant au moins 3 mois…

Je pense à tous ces salariés qui vont rester au bord de la route ou qui attentent encore, sans nouvelles de leurs employeurs, dans l’angoisse du quotidien, ce que demain leur réserve…

Cette crise n’est pas que sanitaire, elle est profondément sociale…

Mais aujourd’hui, autant qu’hier, seuls les salariés ont le progrès social entre leurs mains, il est des pays, puisqu’il faut sans cesse nous comparer, où le progrès social est en route, comme en NZ, ou Mme le premier ministre vient de proposer de passer à la semaine de 4 jours et de rajouter des jours fériés, à la ministre communiste du travail en Espagne, où elle vient d’interdire les licenciements…

En France, la régression sociale est en route, le gouvernement et les tenants du Capital veulent nous faire payer l’addition de leurs goinfreries financières, de leur mondialisation de la répression et de la misère… 

Nous ne voulons plus de ce monde-là… Nous voulons  un monde plus juste et plus solidaire… un monde de paix et d’avenir… Et c’est ensemble, dans la lutte, que nous l’obtiendrons ce jour d’après… Celui où nous applaudirons aux fenêtres les vainqueurs du progrès social.

Vive la lutte, vive la CGT !!!

Le rassemblement de ce matin sur France 3 avec l'interview de Bruno Ricque secrétaire général du syndicat CGT des hospitaliers de Dieppe

Posted by UL Cgt Dieppe on Tuesday, May 26, 2020
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