Bangladesh: exportations augmentées de 16%, malgré des violations des droits de l'homme qui perdurent
D’après l’agence Reuters, trois mois après que plus de 1100 personnes aient été tuées dans l'effondrement de l'usine Rana Plazza au Bangladesh, les processus d'inspections et de validations des installations industrielles présentent de graves dysfonctionnements.

Un rapport spécial de Reuters a constaté des écarts de compétence importants dans méthodes et les résultats des quelques agences qualifiées pour inspecter les 5300 usines dans les régions.

Il met en évidence que lors d'un contrôle de sécurité surprise à l’usine « Miami Garments » à Dacca, de nombreuses violations des règles de sécurité (des règles de base !) ont été mises en évidence. Tout d'abord, l'usine se trouve dans un bâtiment qui n'est pas un bâtiment industriel (comme le Rana Plazza !). Les inspecteurs n’ont noté la présence que d'un seul escalier de secours, très étroit; des planchers et des colonnes sont faibles et ne peuvent supporter les vibrations des machines; il n'y a qu'un seul extincteur pour l'ensemble du bâtiment alors que l'on y travaille des produits textiles, matériaux très inflammable.

Et qu'elle est donc l'évaluation de l'inspecteur local ? Que le bâtiment est conforme aux normes de sécurité ! Rien ne change donc véritablement au Bangladesh et la surexploitation ouvrière y continue de plus belle ! A quand la prochaine catastrophe ? Accompagné de l'effroi (passager) des médias occidentaux, et des institutions internationales ?

Par ailleurs, même si certaines usines ont été contrôlées jusqu'à six fois, cela ne veut pas dire qu’elles sont conformes aux règles de sécurité. Par exemple, dans cette usine ayant passé le cap d’une demi-douzaine d’inspections, il s’avère que des fissures ont été découvertes par l’équipe de Reuters dans les murs du bâtiment lors de l’inspection.

Les conditions de sécurité ne sont donc pas au rendez-vous, et le Bangladesh continue à faire travailler ses ouvrières et ses ouvriers dans des conditions indignes (mais juteuses pour les grands groupes capitalistes internationaux).

Au lendemain du meurtrier effondrement du Rana Plaza, l'Union européenne et les Etats-Unis avaient menacées le Bangladesh de représailles les conditions de sécurité ne s'amélioraient pas ? Il s'avère que tout cela est oublié !

On est encore très loin de la pleine mise en oeuvre de  l'accord signé par les principales marques occidentales d'habillement et les deux confédérations syndicales internationales, l'IndustriALL et UNI Global Union, qui représentent à elles deux, 70 millions de travailleurs dans le monde.

En attendant les exportations de vêtements du Bangladesh ont augmenté de 16 pour cent le mois dernier. Le profit passe toujours au dessus des droits de l’homme !

Cette surexploitation trouve des soutiens actifs dans les milieux proches du Medef, en témoigne la chronique « l’édito éco » de Jean-Marc Vittori du mercredi 31 juillet 2013 à 7h20 sur France Inter :

Développant la question des délocalisations/relocalisations, et s’appuyant sur « l’étude de Lionel Fontagné de l’université Paris I et Charlotte Emlinger du Cepii, le Centre d’études prospectives et d’informations internationales, [qui] ont tenté d’évaluer le gain [des délocalisations] », Jean-marc Vittori déclarait :

« Je vais droit au but : en achetant les produits fabriqués dans les pays à bas salaire, chaque foyer économise 100 à 300 euros par mois. C’est tout simplement énorme. Je vous rappelle qu’en France, les ménages ont en moyenne 3.000 euros par mois pour vivre : ça fait donc 3 à 10%. ».

Il ne dit pas à quel prix ! Au prix de la mort d'êtres humains !

Il ajoutait, comme si c’était une évidence : « les salaires augmentent vite dans les pays du sud. En Chine par exemple, les salaires ont été multipliés par quatre en dix ans et ils devraient encore doubler d’ici à 2020. »

Evidemment, il oubliait de parler des raisons fondamentales qui sont à l'origine des délocalisations, à savoir la mise en concurrence des salariés, et la baisse des acquis sociaux. Il ne faisait aucune remarque sur les hyper-profits réalisés grâce à la sueur et le sang de ces travailleurs payés à 1 euro par jour, par les grands groupes capitalistes, dans ces opérations de grand commerce international. Et, bien évidemment, il ne faisait aucune allusion à la situation au Bangladesh.

D’ailleurs il ne sera fait nulle part écho de cette étude de l’agence Reuters dans les grands médias nationaux français. L’exploitation éhontée de l’homme par l’homme peut continuer, "libre et non faussée" par un quelconque droit du travail !

 

 

Retour à l'accueil