Vive les vacances... ? Un droit à défendre
19 juil. 2012A l’heure, où le patronat entend défaire un à un tous les acquis sociaux obtenus par la lutte, la CGT propose, elle, d’aller dans le sens du progrès social ! C’est pourquoi en cette période estivale il est important de rappeler que les vacances sont un acquis qui semble normal et naturel aujourd’hui, mais qui a été obtenu difficilement : les CONGES PAYES.
En 2012, personne n’imaginerait que les congés payés puissent ne pas exister... et pourtant les congés payés n'ont pas toujours existé, et de nombreux salariés en sotn aujourd'hui privés...
Il a fallu des années de luttes et les grèves de mai-juin 1936, pour que le patronat et le gouvernement accordent, entre autres, les deux semaines de congés payés.
Certes il existait des congés payés pour certaines catégories de salariés (fonctionnaires, militaires, personnel des arsenaux de l'Etat), mais ils n'existaient pas dans le secteur privé. Il faudra la conjonction de la victoire électorale de la gauche et des grèves ouvrières, pour qu'ils soient généralisées.
Le 3 mai 1936, le Front Populaire gagne, en effet, les élections législatives et provoque par sa victoire un élan de revendications chez les travailleurs.
C'est du Havre (aux usines Breguet) qu'un roulement énorme de grèves commence. Il se répand comme une trainée de poudre dans tout le pays et balaye toutes les résistances patronales. Il est marqué par les célèbres occupations pacifiques des usines, la grève sur le tas. Au total plus de 2 millions de travailleurs dans des luttes pour la satisfaction immédiates des revendications (augmentation des salaires, la semaine de 40 heures, 15 jours de congés payés, les conventions collectives, etc.).
La grève commence quand les salariés l'on décidé. Elle peut durer une heure, une demi journée, une journée plusieurs jours, plusieurs semaines... c'est selon la résistance patronale. Elle peut même ne pas commencer, car dans beaucoup d'entreprises, le patron accepte les revendications ouvrières sous la seule menace de la grève.
Alors que la vague de grèves est commencée dpuis plusieurs semaines dans le reste de la Seine-Inférieure (ancien nom de la Seine-Maritime), la première annonce d'une possible grève dans la région dieppoise a lieu le 5 juin. Le bruit court de la grève à usine "La Viscose" à Arques-la-bataille. Mais... la grève n'a pas lieu, car le patron a immédiatement accepté les revendications.
Ce n'est que le 8 juin que la première véritable grève de la période commence à Dieppe: c'est aux Chantiers de la Manche.
Et la lecture du journal local la Vigie le confirme: à partir de cette date, une vague de grèves sucessives, à l'image des explosions d'un feu d'artifice se succède. Des grèves qui durent majoritairement quelques heures, une journée voire plusieurs, car les patrons cèdent à peu près partout, très rapidement, aux revendications ouvrières. Sauf essentiellement dans la métallurgie, où les grèves vont durer plusieurs semaines.
Le nouveau gouvernement convoque la CGT réunifiée, et les représentants du grand patronat réunis dans la Confédération Générale du Patronat Français (qui deviendra ensuite CNPF, puis Medef). Des discussions s’engagent sous la pression du mouvement social.
Dans la nuit du 7 au 8 juin, à l’hôtel Matignon à Paris, les accords dits de Matignon sont officiellement signés, entre le Président du Conseil, Léon Blum, la Confédération Générale du Patronat Français et la CGT.
Ces accords prévoient:
- => la généralisation des conventions collectives,
- => la liberté d’opinion,
- => le droit pour les travailleurs d’adhérer librement à un syndicat
- => la création des Délégués Ouvriers dans les entreprises d eplus de 10 salariés, qui deviendront les Délégués du Personnel (DP),
- => une augmentation de 12 % des salaires (15% pour les salaires les moins élevés pour arriver à 7% pour les salaires les plus élevés)
- => aucune sanction pour faits de grève.
Mais ce qui marque l’esprit des Français reste l’instauration de la semaine de 40 heures et l’octroi de congés payés qui permettront surtout aux Français de partir en vacances, et ce dès l’été 1936.
De 15 jours de vacances en 1936, nous sommes passés en mars 1956 à la 3ème semaine, en mai 1969 à la 4ème semaine pour arriver à la 5ème semaine en 1982.
Certains disent aujourd’hui qu’il faudrait arrêter de revendiquer de nouveaux acquis sociaux car la situation économique ne le permettrait plus. les acquis seraient devenus une charge ! Pourtant, la situation économique était loin d'être florissante en 1936 !
A l'époque c'est la crise économique provoquée par le crack boursier de 1929. Le taux de chômage dépasse les 12% et ne comptabilise que ceux qui touchent des « fonds municipaux ». Des millions de travailleurs en sont réduits à se nourrir dans les soupes populaires, c'est à dire les ancêtres des "Restos du coeur". La précarité était la norme… et c'était pire qu'aujourd'hui !
Mais les arguments patronaux étaient les mêmes qu'aujourd'hui ! Ainsi dans le numéro du 11 juin 1936, on peut lire dans la Vigie de Dieppe la déclaration de l'assemblée générale des chambres de commerce qui exprime la position des patrons ces termes:
- "Alors que la très grande majorité des entreprises en butte à une concurrence particulièrement sévère travaille à la limite extrême de leurs moyens, l'augmentation des prix de revient résultant de l'institution par la france des 40 heures, avec le maintien des salaires, ne manquera pas de faire peser sur l'économie française une charge intolérable (...)"
C'étaient donc les mêmes arguments qu'aujourd'hui !
Ce sont les acquis sociaux accumulés depuis cette époque qui ont permis, en France, d'amortir les effets de la crise de 2008. Loin d'être des charges, ils sont les leviers sur lesquels la croissance peut se reconstruire, et faire renaître "les jours heureux".
Aujourd’hui, plus que jamais, les salariés doivent se mobiliser, s'organiser et pour cela se syndiquer.
Comme en 1936 (mais aussi en 1945, en 1968) une forte syndicalisation est le moyen de reconstruirele rapport de force favorable, qui a permis d’obtenir à l’époque, ces grandes avancées sociales, et qui permettra les nouvelles avancées de demain.
Depuis plusieurs années, l'association VIVATS organise pour les familles de salariés en difficulté un été solidaire. Cette année, cette initiative se déroulera à Fécamp, avec visite de musé de la bénédictine, balade sur les falaises, balade en bateau et l’incontournable sieste à la plage sous le soleil normand.